Rémi Amiot
Traversées par un intérêt pour la conception de phénomènes visuels, les œuvres que développe Rémi Amiot ont la qualité d'obliger à déceler les indices nécessaires à la lecture de leurs dispositifs.

Respiration (2015) se déploie par le biais d'un projecteur 8 mm diffusant une image lumineuse, diaphane et circulaire de dimensions variables. Résultant de la lumière que l'appareil fait passer à travers de petites ouvertures effectuées sur le film de la pellicule, cette "information, dit Rémi Amiot, est une respiration, ma respiration" - chronométrée et convertie en 24 images et en autant de découpes par seconde, gravées sur l'amplitude de la courroie de transmission. Par la projection d'une donnée invisible, ce souffle affleure dans un cycle monté en boucle, alors que la machine officie tel un corps, et que le film, dans une analogie aussi physique que photographique, occupe la fonction du diaphragme, pour traduire à travers une action cinématographique sans figure et sans parole, quelques tranches d'une activité humaine perçue en creux.

Quant à Femto-copies (2015), objet monolithe constitué de plus de 2000 pages de photocopies en noir et blanc reliées, il est la forme achevée d'une activité indicielle, en tant qu'édition unique faisant trace du fonctionnement d'une photocopieuse, capot ouvert, sur une durée de 48h dans un espace clos et cependant soumis au passage de quelques individus. Les impressions condensent ainsi les empreintes du temps écoulé, des conditions atmosphériques et des micros-événements aléatoires observés et enregistrés par cette machine-performance.

Alors qu'une telle sculpture agit comme le témoignage d'un flux de données contextuelles, Fragment (2015) produit un certain trouble par l'exposition d'un cylindre blanc, fixé à hauteur de vue. Le traitement de l'épaisseur de ses tranches, non travaillée d'un côté, lisse d'un autre, interpelle par comparaison sur la nature de cet objet qui, d'un bout à l'autre, apparaît comme un trait d'union utile pour révéler ce dont il s'agit : un rouleau de papier qui tromperait le regard. C'est là précisément l'effet actif de ces travaux qui sollicitent moins pour voir que pour percevoir.

Mickaël Roy,
2016, à propos des oeuvres exposée au 61ème salon de Montrouge.

L’oeuvre de Rémi Amiot s’inscrit entre deux pôles, l’un archi-rétinien - opérant une synthèse de l’art cinétique et de l’Op Art -, l’autre conceptuel et contextuel – jouant avec l’expérience de la durée et du lieu. Si ses « pères » cherchaient inlassablement à créer illusions et jeux d’optiques, Amiot aspire quant à lui à donner forme et corps à ce qui a priori en est dénué. Ainsi, Course RVB (2013) fait apparaître la composition chromatique d’une image numérique, Poursuite (2012) et Décomposition numérique (2012-2013) décomposent en direct un faisceau lumineux et Soleil (2013) donne à voir la matérialité de ce dernier. Et si Brian O’Doherty a questionné l’espace et le temps de l’exposition, Amiot marche sur ses pas lorsqu’avec Femto-copies (2015), il condense en un bloc de 2000 pages le temps réel de l’exposition et l’activité lumineuse des lieux. La prise en compte du spectateur est remarquablement illustrée par Linar (Light navigation and ranging) (2015), installation lumineuse qui consiste à éclairer à l’aide d’un phare la présence humaine, générant ainsi son ombre portée au mur. Entre sur présence du spectateur et sur matérialité de l’immatériel, l’oeuvre de Rémi Amiot questionne notre perception des objets et du monde qui nous entoure.

Élodie Antoine,
2016
Rémi Amiot met en place un travail expérimental principalement axé sur les relations qu’entretient l’espace de l’exposition avec les vibrations chromatiques.

Au travers de son travail de sculpture, il questionne le white cube en tant qu’espace lumière et la perception de la couleur qu’il révèle.

Il conçoit des dispositifs mécaniques tels que Dreamachine ou Sculpture RVB dans lesquels la composition chromatique en mouvement accéléré devient blanche pour le premier, tandis que le second est un décryptage de la lumière blanche résumée à sa plus simple expression du système de codage numérique des couleurs : le rouge le vert et le bleu.

Rémi Amiot poursuit cette dissection de l’image numérique à ses trois couleurs générique dans une série d’œuvres qui se déclinent dans la réalisation d’éditions, de vidéos voire de vitraux. Si la perception est un jeu dans le rapport au spectateur avec ses œuvres, en creux, c’est de l’imperceptible dont il est question dans sa pratique.

Fragment est un rouleau de papier dont l’une des tranches a été poncée de sorte à ce que les couches de papier ne fassent finalement plus qu’un bloc compact. Qu’ils nous invitent à voir ce que l’on ne perçoit jamais, ou qu’ils évoquent l’invisible, ses travaux sont des allégories en quête d’un idéal concret.

Benjamin Laugier,
2015
Rémi Amiot présente Femto-copieur, un photocopieur modifié, pour que celui-ci se déclenche automatiquement toutes les 40 secondes, sans capot de protection, laissant la vitre nue.

Ainsi, il ne s'agit plus de faire une copie du matériel mais plutôt, de manière répétitive, faire une cartographie temporelle de l'espace, et ce, durant toute la journée. L'espace vide, au dessus de la vitre du copieur, se laisse inlassablement photographier. Et si, par instant, le corps vient s'y coller, l'artiste y est préparé. Ce corps y est alors pris entre le matériel et l'immatériel.

Rémi Amiot nous révèle une poésie de l'inéluctable, de la fin de l'encre, de la fin du papier, de la fin du jour, vers encore plus de vide , de blanc ; vers l'immatérialité de l'au-delà des choses.

Anne Sechet,
2015